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EXTRAIT "DERNIER VOYAGE AVEC TOI"Utilisez ce modèle pour commencer une page vierge  Extrait de DERNIER VOYAGE AVEC TOI | De temps en temps, j'ouvrais les yeux, car il m'était très difficile de dissocier mon imaginaire du réel. À certains moments, prise de vertiges intérieurs, je ne savais plus où j'étais. Le rêve heurtait le cauchemar qui ressemblait étrangement à la réalité des événements présents. Cependant, mon cerveau refusait d'analyser les faits avec logique. Je ne désirais pas distinguer les limites entre ces deux mondes. Comme au temps où je n'étais qu'une petite fille, je n'en discernais aucune frontière. Nerveusement, je voulus me détendre un peu en décroisant mes jambes. Depuis des heures nous étions assis et immobiles. Mon attention fut alors attirée par le bruit d'un froissement de papier : une revue posée sur mes genoux était en train de glisser au sol. Un immense jardin illustrait la couverture de ce livre, et il fallut seulement quelques secondes à mon esprit pour qu'il s'évadât du monde réel afin de retrouver mon histoire, et les plus beaux moments passés à Strasbourg : notamment, nos promenades familiales au jardin de l'Orangerie, en face de la maison de l'Europe. Le soir, nous allions très souvent nous délasser dans ce magnifique et immense parc. La diversité des paysages, cette nature verdoyante, nous transportaient dans un autre univers pendant quelques heures. Parmi les nombreuses attractions proposées aux enfants, des toboggans représentaient notre jeu préféré. Nous nous laissions glisser allègrement sur ces pentes vertigineuses et, à l'arrivée, nous nous jetions dans le sable avec si peu de délicatesse que mes genoux étaient très souvent écorchés. Ma mère, en rentrant à la maison, les rougissait au "Mercurochrome", à mon grand désespoir ! L'été s'achevait et mon père estimait que son chantier durerait à peu près de six à sept mois ; cela dépendrait des intempéries susceptibles de survenir et de retarder plus ou moins les travaux. Une chose était sûre : nous ferions notre rentrée scolaire ici. Mon cousin, mon frère et moi, nous nous étions inscrits dans le même collège. Mon frère était encore en primaire ; quant à moi, j'entamais ma première année de sixième. L'école se composait de plusieurs bâtiments anciens, et je dois dire que dès les premiers jours, je m'y suis sentie bien. Nous remerciions le destin que mon oncle ait obtenu ce chantier à Strasbourg. Ma tante est la soeur de ma mère et de surcroît, ma marraine. C'était tout de même réconfortant d'avoir un peu de la famille près de nous. Cependant, malgré leur froideur extérieure, les habitants nous avaient bien adoptés, surtout ma mère. C'est quelqu'un de très convivial.
- Je parlerais à une pierre ! déclare-t-elle souvent. Nous avions de très bons rapports avec les voisins. Tout le monde nous appréciait.
Notre voisinage cultivait des choux rouges. Toutes les semaines, l'un de nos voisins nous offrait plusieurs de ces énormes légumes, mais maman ne sachant pas les préparer, mon frère et moi, les jetions régulièrement dans le jardin d'à-côté, le coeur serré. Ce vieil homme était si heureux d'offrir ses choux, que jamais nous n'eûmes le courage de lui avouer notre comportement envers eux. Quant à ma rentrée au collège, elle demeure toujours l'un des plus beaux souvenirs de mon enfance. Par la suite, pendant tout le reste de ma scolarité, je n'ai plus jamais rencontré de professeurs d'une telle envergure. J'étais une excellente élève, et quant au bout de six mois, je dus quitter cet établissement, ce fut un déchirement réciproque entre mes professeurs et moi-même. Jamais je n'ai oublié ces enseignants ni mes camarades. Pendant très longtemps, j'ai entretenu une relation épistolaire avec Joëlle, devenue mon amie. Puis, peu à peu, nos lettres se sont espacées. Je sais que Joëlle avait eu une période difficile à traverser, notamment le divorce de ses parents. Elle a déménagé et je n'ai plus eu de ses nouvelles. Cependant, j'ai toujours pensé à elle. Je revois encore parfaitement son visage rond au teint blafard. Brusque retour dans le présent ! Mes douces pensées furent troublées par le son monocorde de la voix d'une hôtesse de l'air. Elle nous recommandait d'attacher nos ceintures à cause des turbulences atmosphériques. Ce fut ainsi qu'en tournant la tête, je remarquai un charmant jeune homme blond aux yeux clairs, assis à quelques sièges de nous. Il interpellait assez bruyamment, certainement un camarade assis juste devant moi. Il avait le type alsacien, tout comme mon premier amour platonique d'adolescente de douze ans. Je détournai mon regard et refermai les yeux pour retrouver le souvenir de mon jeune Alsacien. De l'autre côté du grand immeuble où nous logions, se trouvait un atelier de menuiserie ! Un jeune homme blond aux yeux bleus, âgée d'environ dix-huit ans y travaillait. J'étais heureuse qu'il me dise bonjour à chaque fois que nous nous croisions. Je me souviens de ses charmants sourires traduits dans mes rêves de gamine, en serments amoureux. Je me promis, lorsque je serai plus grande, de revenir voir ce jeune homme afin de vivre avec lui un véritable amour. Je ne revins pas. Dans l'avion, les gens semblaient se réveiller, et je n'avais pas envie d'ouvrir les yeux. Je n'étais pas prête à m'arracher de ce monde intérieur qui pansait mon chagrin en m'éloignant de la vérité. Je refusais de revenir dans le réel. Encore un moment de bonheur ! Encore besoin de ce brouillard de sentiments flous dans lequel je me réfugiais à corps perdu. Besoin de croire à tort que tu existais toujours. Besoin de remonter le temps, de fuir ma propre vie. À force de volonté, mon voeu fut exaucé et je poursuivis malgré tout, mon retour dans le temps.
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